Touche pas à Mont-Saint-Michel !

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La FED déclare que désormais, le Président de la République Nicolas SARKOZY sera responsable du futur massacre paysager de la France par les éoliennes industrielles.

Patrimoine : Sarkozy met le Mont-Saint-Michel en colère

Photomontage de S.O.S. Mont-Saint-Michel
Photomontage de S.O.S. Mont-Saint-Michel

19 septembre 2009 - Par Laurent Mauduit

Cette illustration n'est qu'un photomontage, une simple affiche pour attirer le regard. Mais elle en dit long sur la colère d'une cascade d'associations de défense de l'environnement, qui ont décidé d'organiser samedi 26 septembre au Mont-Saint-Michel une marche internationale pour protester contre l'implantation à proximité du site historique, l'un des plus visités au monde, de plusieurs éoliennes industrielles.

«Abracadabrantesque !», aurait dit Jacques Chirac. Plusieurs projets sont en effet à l'étude visant à construire des éoliennes dans la région du Mont-Saint-Michel, à distance certes de lui, mais pas suffisamment pour que ces immenses machines, qui culmineront pour certaines d'entre elles à 225 mètres au-dessus du niveau de la mer, ne soient pas visibles du lieu célèbre, qui culmine, lui, à seulement 170 mètres. Parmi les très nombreuses implantations à l'étude aux alentours de Pontorson, une en particulier fait l'unanimité contre elle : il s'agit du projet d'Argouges, un petit village à tout juste 15 kilomètres à vol d'oiseau du célèbre Mont (voir la carte en bas de page 2).

Note de S.O.S. Mont-Saint-Michel (hors article) : le photomontage ci-dessus, qui a été tronqué par MEDIAPART, provient d'une carte postale humoristique de S.O.S. Mont-Saint-Michel dont voici l'original.

Par rapport au niveau de la mer
Par rapport au niveau de la mer © Source : S.O.S. Mont-Saint-Michel

Ce projet-là est en effet en passe de voir le jour : le préfet de la Manche a rejeté l'un des deux parcs qui étaient envisagés, mais a signé le permis de construire du second, qui prévoit trois éoliennes. Et le tribunal administratif de Caen a rejeté le recours d'une association de riverains. Plusieurs associations de défense de l'environnement, dont la Fédération environnement durable (FED), soutenue par Basse-Normandie Environnement (BNE), la Fédération nationale des associations de sauvegarde des sites et ensembles monumentaux (Fnassem) et la Plateforme européenne contre l'éolien industriel (EPAW), ont choisi de faire du Mont-Saint-Michel le lieu symbolique de leur mobilisation. Elles ont donc décidé d'organiser une grande manifestation au Mont-Saint-Michel ; et elles ont créé un site Internet pour rendre compte de leurs initiatives : sos-montsaintmichel.info.

Le candidat Sarkozy en campagne au Mont-Saint-Michel

A cela, il y a plusieurs raisons qui coulent de source : parce que les projets, dans le voisinage, sont donc légion; parce que l'un d'entre eux est donc très avancé ; parce que le site est mondialement connu et le dommage sur le paysage serait immense. Mais il y a aussi une raison plus politique : c'est en effet le Mont-Saint-Michel que Nicolas Sarkozy, à l'époque candidat à l'élection présidentielle, avait symboliquement choisi, le 30 janvier 2007, pour y révéler ses ambitions en matière culturelle.

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Sarkozy au Mont-Saint-Michel

On en retrouve la trace sur la vidéo ci-contre – la visite avait donné lieu à une bévue du candidat. On en trouve aussi la trace, écrite, un tantinet grandiloquente, dans Le Figaro, qui s'était empressé le lendemain de chanter les louanges de son champion, en campagne dans « la France éternelle ».

Seulement voilà, le président n'a pas franchement respecté les engagements que le candidat avaient suggérés. Car à plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy a fixé une doctrine qui semblait claire : la France va faire un gros effort pour développer les énergies renouvelables, mais elle le fera dans le respect des paysages.

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© Source : Elysée

Le 29 octobre 2007, lors de la restitution à l'Elysée des conclusions du «Grenelle de l'environnement», le chef de l'Etat l'avait clairement dit : «Les éoliennes, oui ! Mais d'abord sur les friches industrielles. Et loin des sites emblématiques.» Et avec une moue mi-moqueuse mi-dédaigneuse, comme on peut le constater sur la vidéo ci-contre, Nicolas Sarkozy avait ajouté : «Et franchement, quand je survole certains pays européens, cela ne donne pas envie.» Avec ce discours (que l'on peut retrouver ici dans sa version intégrale), le débat sur les éoliennes semblait donc tranché une bonne fois pour toutes.

La remise à plat oubliée des procédures

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Et cet acte de foi contre les éoliennes implantées de manière anarchique, au mépris des paysages, le chef de l'Etat l'a réitéré à plusieurs reprises. Il l'a ainsi répété le 20 mai 2008 en visitant la société Vergnet, un constructeur d'éoliennes (Loiret). Là encore, comme on le remarquera sur la vidéo ci-contre, le propos présidentiel sur les éoliennes est pour le moins circonspect. «Il y aurait beaucoup à dire», remarque-t-il à leur sujet, dans une phrase chargée de sous-entendus.

Et puis, il repart à la charge au lendemain des élections européennes du 7 juin dernier, marquées notamment par une spectaculaire percée de liste Europe Ecologie (16,2% des voix), emmenée par Daniel Cohn-Bendit. Promis, juré ! Il n'y a pas plus écologiste que moi : c'est, en caricaturant à peine, le message que s'est appliqué à faire passer les jours suivants le président. A l'issue d'une visite très opportunément organisée, deux jours plus tard, le 9 juin, à l'Institut national de l'énergie solaire, en Savoie – dont le site internet de l'Elysée a gardé la trace –, Nicolas Sarkozy a ainsi juré – croix de bois, croix de fer !...– qu'il serait volontariste : «Nous allons prendre dans les énergies renouvelables un virage aussi important que le général de Gaulle pour le nucléaire dans les années 1960. Ce n'est pas l'un ou l'autre. C'est l'un et l'autre.»

Estimant que la France, du fait du nucléaire, avait pris trop de retard en matière d'énergie renouvelable, il a estimé que «ce fut une erreur» et a donc promis que l'objectif d'avoir 23 % d'énergie renouvelable produite en 2020 contre 10 % aujourd'hui constituerait un objectif minimum et non maximum.

Mais attention ! Vert jusqu'au bout des ongles, Nicolas Sarkozy a dans le même temps juré que cet effort en faveur des énergies renouvelables ne se ferait pas au détriment des paysages. «Le développement des énergies renouvelables est parfois perçu comme le saccage de nos territoires. On doit adapter nos procédures pour voir comment développer le solaire et l'éolien dans nos paysages. Ne faisons pas semblant de dire que le problème n'existe pas », a assuré le chef de l'Etat.

Attention au «saccage de nos territoires» ! Dans la petite galaxie très active des défenseurs de l'environnement, tout le monde a bien compris ce que la formule voulait dire : dans la panoplie des énergies renouvelables, l'éolien ne serait pas forcément favorisé ; et dans tous les cas de figure, les implantations seront décidées de telle sorte qu'elles ne viennent pas abîmer les paysages.

L'interprétation semblait d'autant plus couler de source que le chef de l'Etat avait annoncé des «Etats généraux des énergies renouvelables» et qu'il s'était donné «trois mois» pour procéder à une remise à plat de toutes les procédures de soutien aux énergies renouvelables.

Or les trois mois sont bientôt écoulés, et il ne s'est rien passé. Beaucoup d'associations de défense de l'environnement ont la conviction que les enjeux financiers l'emportent de plus en plus sur les logiques de défense des territoires, et que les éoliennes continuent de proliférer de manière souvent anarchique, les maires des petites collectivités étant évidemment souvent très alléchés par de substantielles rentrées de taxe professionnelle induites par l'implantation de parcs éoliens.

La colère des associations

Affiche S.O.S. Mont-Saint-Michel

C'est même sans doute encore plus grave. L'une des associations qui mène le combat anti-éolien, la Fédération nationale des associations de sauvegarde des sites et ensembles monumentaux (Fnassem), fait valoir qu'il y a de la schizophrénie dans le comportement de la puissance publique. Car d'un côté, celle-ci affiche une doctrine publique claire et nette : favoriser les énergies renouvelables mais en veillant à ce que cela ne génère aucun saccage des paysages. Mais, en pratique, les pouvoirs publics se montrent laxistes et ont choisi, par exemple, de ne plus faire appel des décisions des tribunaux administratifs, quand ils valident la construction d'éoliennes contestées par des associations.

Dans un mail adressé au responsable d'une association, le 18 juin dernier, le secrétaire général de la préfecture du Pas-de-Calais a ainsi admis qu'il y avait une consigne nationale : «Le ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire, simultanément saisi d'affaires similaires pour d'autres départements, a décidé, par souci de cohérence de l'action de l'Etat, d'adopter une position unique pour toutes ces affaires : - ne pas interjeter appel des jugements ; - en conséquence, demander aux préfets concernés, contre lesquels toutes les juridictions administratives compétentes ont prononcé des injonctions de réinstruire les dossiers de demande de permis de construire, de signer les arrêtés accordant les permis de construire pour les parcs éoliens.»

Si ce mail dit vrai, cette directive nationale suggère donc que l'Etat ne fera plus rien, même dans le cas du Mont-Saint-Michel. D'où la colère des associations. Dans un entretien sonore à Mediapart, Hervé Texier, président de Basse-Normandie Environnement, qui est l'un des organisateurs de la manifestation du 26 septembre, explique les raisons de cette initiative.

Pour écouter l'entretien avec Hervé Texier, cliquer ci-dessous :

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Tous les organisateurs n'ont certes pas le même point de vue sur la question des énergies renouvelables : certains sont pour le «zéro éolienne», d'autres non. Mais à l'évidence, tous semblent partager le même point de vue dans l'affaire du Mont-Saint-Michel : c'est une monstruosité qui se prépare. Le chef de l'Etat mesure-t-il la colère des associations ? Invention de notre cru, cette parodie du célèbre dicton en donne la mesure :

« Sarkozy en sa folie
a mis le Mont dans la furie ».